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Entre nous - Edito

Allaiter moins d'un 1 mois pourquoi arrêter d'allaiter aux un mois de Bébé?...

Avertissement: si nous sommes dans le respect total du projet d'allaitement de chaque maman, et si nous préférons et de loin, focaliser notre temps et notre énergie à aider les mères dans leur projet, et non à forcer à ce que toutes les mamans allaitent et longtemps, il y a parfois matière à pousser un "coup de gueule"; alors pardonnez-moi:-) vous verrez d'ailleurs que l'industrie infantile lorsqu'elle est évoquée, se fait épingler également en ce qui concerne l'alimentation au lait infantile.....

Ce coup de gueule est très ancien, à replacer dans son contexte.

Il date de janvier 2000, facile à dater puisque Florian né en décembre 1999......

J'ai récemment (décembre 1999) été contactée sans le souhaiter, par un fabricant de lait en poudre qui me demanda quel jour j'allais sevrer mon enfant-Florian. Quand je répondis: mais pourquoi sevrer, on me répondit que la moyenne en France était d'allaiter un mois-pourquoi j'allaiterais plus longtemps?

Je me suis penchée sur la question.... Voici quelques pistes ... et conclusions:

Le fait est que la femme, même quand elle souhaite allaiter, n'est pas encouragée, n'est pas soutenue, n'est pas aidée (ou très peu et à court terme, puisque la femme n'allaite qu'un mois grand maximum), elle ne l'est ni par l'entourage, ni par les professionnels de la santé, ni par la presse ou littérature, fut-elle de puériculture générale, d'où l'existence d'associations de soutien à l'allaitement maternel comme ADJ+ et la nécessité de faire le point et montrer qu'il existe des solutions.


Nous autres jeunes femmes avons un large problème qui est le fossé des générations:

nous sommes peu nombreuses à avoir été allaitées, car il y a une génération, des fabricants ont créé un lait qu'ils ont appelé "maternisé" ou "humanisé", qu'ils ont présenté comme étant meilleur que le lait maternel, et donc "nos mères" n'ont pas donné le sein, non qu'elles ne veuillent pas, mais on leur a présenté un produit "tellement mieux". En fait, le nom de ce lait a finalement été interdit, car le lait lui-même n'a pas toutes les vertus du lait maternel, ne lui est absolument pas supérieur, et a induit en erreur toute une génération; mais le mal était fait, les fabricants ont modifié l'appellation de leur produit, mais ont conservé leur avantage, aujourd'hui encore;

Le fait en est que nous sommes seules, n'avons pas l'exemple d'allaitement de nos mères, et que nos grands-mères, et bien hélas, une partie d'entre nous n'en a plus. Ou bien elles ont elles-même vécu le phénomène susmentionné du lait artificiel "supérieur".

Un fossé des générations, donc, qui ne peut nous aider à vivre notre allaitement, et à le faire continuer.

Les praticiens eux-mêmes avouent:

Ils ne sont pas formés pendant leurs études, n'ont en conséquence que peu de connaissances en allaitement maternel s'ils ne s'y sont pas formés d'eux-mêmes; quand quelque chose ne va pas chez l'enfant et qu'ils ne peuvent "doser le lait maternel", ils se sentent pris au dépourvu (alors que par méconnaissance,ils oublient quelques indicateurs qui écartent la mise en cause éventuelle du "lait maternel" et donc bien sûr de chercher une autre piste);

quelques indicateurs: 7 couches de pipi par jour; 2-3 couches de caca par jour [remplies copieusement];
une prise de poids régulière, sans pour autant suivre les courbes;
savoir qu'un enfant à la naissance peut perdre jusqu'à 10% de son poids, et mettre trois semaines pour le reprendre;
un air épanoui;

mais aussi savoir que le lait s'adapte aux besoins de l'enfant, que l'enfant ne pleure pas de faim, mais aussi de câlin-sein, le sein n'est pas que alimentaire, que l'introduction de complément ou mixte est néfaste.

On sait également un tas de choses sur les méfaits du mixte, du complément, sur les méfaits de la diversification précoce (risques d'allergie, problèmes digestifs), mais sans agir en connaissance de cause;

D'aucun disent également qu'ils seraient partie liée avec les fabricants de lait industriel

La presse généraliste n'est pas un support pour réussir à allaiter,

d'une part, ni à allaiter longtemps d'autre part.

Qu'elles sont peu nombreuses, qu'elles sont maigres les pages des magazines de puériculture, quand un article est consacré à l'allaitement; et qu'ils sont nombreux, les "conseils" qui contiennent des erreurs pour un bon allaitement; ces conseils sont souvent erronés, et chaque fois décourageants, enfin ils aboutissent tous au paragraphe du sevrage.

Certains de ces articles semblent parler de la femme qui a eu le courage de passer le cap des difficultés, qui a résolu le problème des crevasses, qui a survécu aux nuits.....

mais enfin, qui a encore envie d'allaiter, ou de continuer à allaiter???


Or les mamans suivent ces indications écrites dans des magazines qui apparaissent de bonne foi;

Il y a les sites généralistes qui sont dans la même optique que la presse généraliste ,

avec un "expert" qui vous répond

de ne pas arrêter pas l'allaitement maternel qui est très utile pour le développement et la protection de votre enfant (notamment immunitaire).
SAUF SI:
"Si votre enfant ne suit pas cette courbe, donnez des biberons de complément afin de réaliser un régime mixte. En fonction de votre cas, votre médecin vous conseillera le type de lait nécessaire et les quantités utiles."

On conclut aussi trop souvent sur le fait que le lait maternel est pour les enfants petits, faibles, mais que s'ils vont bien, ils n'ont pas besoin de lait maternel....

Honte à l'"expert", qui induit à lui seul le mixte et le sevrage; les enfants suivent-ils tous une courbe unique, alors que chaque enfant est le produit de deux personnes avant tout, qu'il a un code génétique qui le prédispose à prendre 20g plutôt que 25?

Honte à cet "expert", qui ne veut pas dire qu'un enfant, il suffit de regarder son air épanoui, le contenu de ses couches (7 couches de pipi, au moins 2 ou 3 selles par jour) pour savoir qu'il n'est pas besoin de suivre la courbe....

Alors nous autres, associations, semblons parfois outrepasser les actions du personnel hospitalier, (en grande majorité peu formé ou peu disponible ou peu disposé à aider la femme qui allaite), nous contredisons les prescriptions, et en savons "plus" que belle-maman qui pourtant, n'a jamais allaité.

La tâche est rude, car les mères, les futures mères hésitent à nous contacter; elles font une confiance aveugle à ces (cyber)gens, à ces (cyber)magazines qui tendent les biberons de lait industriel à la moindre occasion (l'enfant n'a pas pris ses grammes réglementaires, l'enfant réclame à téter alors qu'il quitte juste le sein);

Le fait est que le taux d'allaitement a augmenté ces dernières années de quelques points; MAIS les femmes donnent sein et biberon de lait industriel en alternance. Ce mixte, n'a pour effet que d'entraîner le sevrage rapide de l'enfant, car les seins n'étant pas tétés, ne sont pas stimulés à hauteur de la faim de l'enfant, et donc la tétée suivante, ils ne sécrètent pas assez de lait; de là la mère pensant que son enfant a faim, finit par introduire des biberons supplémentaires, pensant à raison qu'elle n'a pas assez de lait, et à tort, car il lui suffirait de supprimer le lait industriel pour retrouver une sécrétion lactée largement suffisante pour pourvoir à son enfant, et même à celui d'une autre mère....


Ce mixte entraîne donc un sevrage rapide.

Seule dans l'arène:

Un autre élément qui entraîne l'abandon de l'allaitement, c'est de rentrer chez soi et de se retrouver seule avec l'enfant qui demande à téter, le mari qui part travailler, qui rentre et se dit l'unique fatigué de la famille; et là, le bat blesse, car nos mères n'ayant pas allaité pour la plupart, elles ne sont pas là pour nous dire comment faire, comment réagir; nos soeurs, nos belle-soeurs non plus; nos voisines non plus. Et là le découragement fait qu'on demande un coupe-lait, qu'on sèvre..... ou bien qu'on se retrouve dans le schéma destructeur du complément (biberon qui suit la tétée au sein) ou du mixte;

l'un dans l'autre, à la fin du mois la lactation est tarie.


Le dernier élément, que j'ai volontairement gardé pour la fin, n'est pas des moindres... c'est tout bonnement la reprise du travail;

Que la femme souhaite reprendre son travail pour le travail, pour des raisons financières, parce qu'elle ne souhaite pas rester à la maison, parce qu'on menace de saboter son plan de carrière, parce qu'elle ne supporte pas de devoir rester à la maison, quelle que soit sa raison,

la mère reprend son travail et 15 jours avant, commence le sevrage. STOP, HALTE AU MASSACRE.


Déjà, messieurs les praticiens arrêtez de grâce de faire commencer ce sevrage aussi tôt;

Ensuite, messieurs les rédacteurs de (cyber)magazines, arrêtez de culpabiliser la femme qui n'a pas encore: repris la pilule au lendemain de ses relevailles, vécu dix orgasmes à 21 jours post-partum, perdu ses kilos, musclé son périné, bu ses litres d'eau bonne pour la maman et pour le nourrisson (dans un biberon pour le nourrisson).. laissez-nous vivre notre après-accouchement tranquillement! pourquoi se lancer dans la course effrénée de la "remise en forme" (qui n'est pas une remise en forme saine, car trop rapide, trop effrénée, trop artificielle).

Enfin, pourquoi sevrer?

Alors que les femmes pourraient modifier leur allaitement

Alors que les employeurs pourraient faire connaître la loi qui consiste à accorder à chaque mère une heure par jour jusqu'aux douze mois de l'enfant

Alors que les pouvoirs publics, les organismes de santé, les magazines, pourraient diffuser cette loi;

Des renseignements y compris le Code du Travail, et des conseils techniques à ce sujet....

Alors que le gouvernement pourrait prolonger le congé maternité au choix de la mère: classique ou long de 6 mois, permettant ainsi à la mère de s'occuper de son enfant; avec une telle loi, l'employeur ne pourrait reléguer la mère au placard, elle disposerait des mêmes protections qu'avec la durée réduite....


Informer les mères qu'elles peuvent allaiter tout en reprenant le travail est également primordial; que la mère prenne son heure au déjeuner, ou des demi-heures, aller exprimer son lait dans une pièce au calme ne représente pas beaucoup plus de temps pour la mère et l'employeur, qu'aller hors du bureau pour faire la pause cigarette.

Ce n'est pas facile, mais c'est faisable!

Voilà pourquoi les mères arrêtent d'allaiter en France quand leur enfant a un mois. HELAS.

Il y a toujours quelque chose à faire: en se regroupant, pour rédiger une pétition destinée à demander une augmentation du congé maternité, les femmes pourront obtenir quelque chose, car ce sera demandé par les femmes elles-mêmes!

Un rêve, une utopie? on verra bien. Est-ce que cela vous tente, que vous soyiez concernée, et même si cela ne vous concerne plus?

Il est à noter que ce type d'appel téléphonique (en tête de chapitre), fait partie d'une vaste campagne commerciale: ce fabricant de lait industriel contacte des femmes enceintes, ou venant d'accoucher, et même si on précise qu'on allaite, très vite la conversation roule sur le sevrage, le lait industriel... certaines mamans ou futures mamans ont été contactées, tout comme moi, et sans le souhaiter également; sachez que c'est illégal.

L'appel est illégal, et même si on dit à la maman qui allaite qu'elle "a fait un très bon choix", le fait de faire rouler si vite la conversation sur le sevrage, le lait industriel, est "encore plus illégal". Le numéro azur mis à disposition des mamans est une bonne idée, pour les mamans qui ont choisi de ne pas allaiter; c'est même très bien (pour autant qu'on ne pousse pas à la consommation genre achats de farine, céréales etc. trop précocément); mais ce numéro azur pour les femmes qui allaitent... vous poussera au sevrage.

"Votre enfant a des régurgitations au lait maternel? ce n'est pas grave, cela arrive à certains bébés, il faut en parler au pédiatre, mais cela passera; il faudra cependant penser à mettre un épaississant quand vous donnerez le biberon"

Pour revenir à l'illégalité de l'appel téléphonique, certaines des mamans contactées ont eu l'intention d'envoyer des courriers de protestation; Je l'ai fait de manière associative. J'ai porté l'affaire devant la Répression des fraudes; mes coordonnées avaient été récupérées lorsque je m'étais inscrite pour la fameuse valise maternité (vente de nos coordonnées), et les appels au domicile des futures mères venaient de cesser.

Finalement, le laboratoire de lait infantile se vit interdire sa pratique d'appeler de jeunes accouchées dans le premier mois post-partum... Ce laboratoire (et les autres) ont trouvé d'autres moyens tout aussi illégaux, puisqu'ils n'ont pas le droit de contacter ni de s'adresser aux mères pour vanter/vendre/proposer leurs produits...

Il est vrai que de nombreuses mères qui allaitent, finissent par sevrer leur bébé en raison de la reprise du travail, et parfois elles commencent de sevrer très tôt, pour que leur bébé soit bien préparé - notamment, pour prendre le biberon;

Tant que le congé de maternité ne passera pas à 6 mois, dès le premier enfant, on ne s'en sortira pas, dans le sens où de nombreuses mères ont besoin de travailler, ou bien veulent vraiment travailler, et là n'est pas le problème, c'est le support social qui ne va pas; car souvent les mamans entament le sevrage pré-reprise du travail alors que l'allaitement se passe bien -voire: se passe enfin bien;

Et c'est là où le support social est insuffisant; personne ne diffuse publiquement que le droit français accorde une heure par jour aux femmes qui allaitent, soit pour tirer son lait, soit pour aller allaiter son bébé, soit pour allaiter sur le lieu de travail son bébé.

Si on revient à la publication en février 2009 du Rapport de l'Académie de Médecine, observant qu'il faut aider les mères dans leur allaitement, il y eut pléthore de reportage à la télévision; l'un d'eux notamment, montra une mère en maternité, allaitant au sein; la sage-femme proche d'elle, pour illustrer le soutien; et la mère de dire: dommage qu'il y ait la reprise du travail;

Pourquoi le journaliste n'a-t-il pas fait son travail, en disant: "mais il y a possibilité d'aménager son allaitement en reprenant le travail, notamment en validant l'heure d'allaitement prévue par le Code du travail"???