Placentophagie

consommation du placenta

Depuis quelques mois en France et depuis quelques petites années dans le monde notamment aux USA, de + en + de femmes s'adonnent (et partagent sur les réseaux sociaux) ou souhaitent s'adonner, à la placentophagie. Effet de mode ou motivation car "cela apporte réellement quelque chose" ? Quelles sont les meilleures conditions sans danger?

"« PLACENTOPHAGIE. C'est la dernière mode popularisée par certaines stars : manger son placenta après l'accouchement. Ainsi en est-il allé pour la sœur de Kim Kardashian, Kourtney, ou January Jones, actrice emblématique de la série Mad Men. Même Joey Starr s'y est mis - allez savoir pourquoi - lui qui déclarait en avril 2015 sur le plateau de C'est à vous : "J'ai goûté le placenta, j'ai mangé un peu de mon fils !" » De Science et Avenir.fr"

Définition et cadre - Etude culturelle - A quoi sert la placentophagie chez les animaux (hors certains)- Biochimie - Attention conditions de préparation ; Conclusion

Définition et cadre

La placentophagie, c'est consommer les produits de naissance comme le liquide amniotique, et le placenta et les membranes.

Elle est propre aux mammifères, mais pas à tous; En consomment "de tout temps" tous les animaux SAUF les "métathériens" comme les marsupiaux qui ont un placenta peu élaboré et où les petits naissent à l'état larvaire, les kangouroux roux, les koalas, les pétaurus, et SAUF les thériens: dauphins, baleines, et humains;

Quant à l'humain, du plus loin qu'on puisse aller, on ne peut se baser que sur quelques écrits ;

  • "en 1556, le missionnaire, Jean de Léry rapporte que les indigènes du Brésil mangent le placenta, ce que confirmeront ensuite Engelman et Rodet ; GuillaumeThomas Raynal dit que les amérindiens Topinamboos et Tampuya mangent le placenta après la naissance, et que des pratiques semblables persistent en Afrique dans certaines parties du Soudan ; chez les yakouts, le mari et les amis de la famille mangeaient rituellement le placenta après la naissance, au moins jusqu'en 1719 où cette pratique était décrite par Gemelli Carreri . Il est difficile de juger comment la coutume a pu aboutir à ce que ce soit l'époux qui mange le placenta (à la place de sa femme parturiente) écrivait aussi en 1916 Raymond Crawfurd , tout en ajoutant qu'on pourrait dire de même de la couvade qui existe belle et bien. Selon Crawfurd, le placenta figurait dans la pharmacopée du XVIIe siècle pour servir de galactogène, d'aphrodisiaque, de laxatif, de recours contre la stérilité, contre la chlorose et contre la maladie de l'utérus .....Au moins jusqu'à la fin du XIXe siècle, la placentophagie a été pratiquée dans certaines tribus du Soudan selon le Dr Raynaud d'Algiers (janvier 1902). " (Source Wikipedia).
  • Ceci passe pour des pratiques magiques pour ce qui concerne l'aspect lactation, aphrodisiaque etc....
  • une anecdote vécue par le Dr Reverdin, d'une femme qui accouche -à la maison- et qui se jette sur le placenta encore fumant et le dévore, et qui le lendemain, ne parvient pas à concevoir comment elle a fait ça! Moi je rapproche cette anecdote d'une patiente de Michel Odent, qui ne voulait absolument pas allaiter, qui accoucha dans la "salle sauvage" et prise dans le tourbillon ecstatique hormonal de l'après, mit son bébé au sein - et demanda tout net quelques heures plus tard une médication pour couper le lait;
  • En général, les pratiques culturelles autour du placenta ont plutôt été :
  • L’enterrer, pour qu’il serve d’engrais (au pied d’un arbre planté en l’honneur du bébé)
  • L’enterrer dans un coin caché à l’insu de tous, pour protéger nouveau-né, qu’il ne soit pas maudit ;
  • Vous lirez des choses étonnantes sur les EFFETS de la placentophagie, qui ont été prouvées, et qui sont purement biochimiques (un peu plus bas)

Dans une étude cross-culturelle réalisée en 2010 sur 179 cultures

Young et Benyshek (2010) : ont étudié 179 sociétés de par le monde : la placentophagie est très rare, il n'y a que quelques cas isolés ; Vietnam et Chine, quelques sociétés de ces pays, ont des médicaments à base de placenta, mais en fait, la consommation n’est pas forcément par la mère, ni avec son propre placenta ; c’est utilisé au cas par cas, on peut donc ingérer un médicament à base du placenta d’une femme qu’on n’a jamais vue ;

Donc globalement chez l'humain, pas de placentophagie de manière générale au niveau mondial.

La placentophagie chez l'animal, autre que l'humain

La femme lape le liquide amniotique pendant le travail, et elle absorbe les membranes, le placenta, et le liquide amniotique restant après la naissance.

Pendant longtemps, on a cru à des mythes, des hypothèses, comme:

  • cacher le lieu de naissance des prédateurs;
  • garder le lieu propre, car le lieu de naissance peut être le lieu de vie
  • la femelle a faim; on parle nutrition Fer et B12 pour l'humain.
  • Et en 2012, paf! Acquérir des hormones spécifiques (Kristal 2012)

Recherches biochimiques sur ce que contiennent les produits de naissance

Et vous comprendrez pourquoi certaines femmes humaines souhaitent s'y adonner.

ANTIDOULEUR Kristal 1986 1988 Le liquide amniotique contient un augmenteur de soulageur de douleur médié par la morphine: le POEF, placental opioid-enhancing factor. Ce POEF potentialise les circuits opioïdes dans le cerveau de la mère et diminue le risque de dépression post-partum; Consommer du liquide amniotique durant le travail diminuerait donc la douleur de la mère, et aussi du bébé puisque ça passe par le placenta (l'enfant est encore au chaud); consommer du liquide amniotique après la naissance continuerait de diminuer la douleur de la mère et on peut supposer que ça passe par le lait pour atténuer la douleur du petit.

On trouve ce POEF aussi dans le liquide amniotique du dauphin et de l'humain qui ne s'adonnent ni l'un ni l'autre à la placentophagie.

Le POEF ne modifie absolument pas la magie hormonale du travail;

ESPRIT DE FILIATION ATTACHEMENT Kristal 2009

Quand les femelles rats ingèrent le liquide amniotique et le placenta, cela les aide à démarrer le comportement de personne apportant un soin ;

Or parmi tous les animaux il n'y a que les humains qui ont l'esprit de filiation; à part quelques (rares et c'est heureux) familles où le jeune qui vient d'atteindre 18 ans, se fait jeter dehors, nous gardons nos petits (parfois devenus très grands) jusqu'à ce qu'ils soient prêts (diplôme, boulot); chez les animaux, dès que le petit devient un poil dangereux pour le mâle de la génération précédente, il doit dégager et aller fonder sa famille, sa meute, sa tribu....

Si ça se trouve, cet agent de filiation et attachement permet à la femelle juste accouchée, de garder le petit avec elle, pour prendre soin de lui tandis qu'il est franchement vulnérable;

On a donc: un meilleur attachement, moins de douleurs durant et après le travail, moins de risques de dépression. Mais ce n'est pas tout!

Aspect lactationnel

  • Lederer et Primbam, le Dr Bouchacourt et même Pline parle des vertus lactationnelles. Maintenant on en a la preuve. Mais il reste des biais, comme: comment les mères étaient-elles aidées, comment allaitaient-elles (fréquence etc...)
  • McNeile et Hammet, 8 patientes consomment du placenta dessiqué versus 8 patientes contrôles;
    On trouve moins de perte de poids voire une meilleure prise de poids chez les consommatrices de placenta; le lactose a augmenté les protéines aussi (léger), le pourcentage de graisse a diminué (léger).
  • (McNeile, Lyle G. 1918. The American journal of obstetrics and diseases of women and children Le journal Américain d'obstétrique et des maladies des femmes et des enfants)
  • Hammet 1918, réalise une courbe de poids de bébés allaités, pas de changement de volume de lait ni de volume des seins, mais récupération accrue du poids chez l'enfant, et croissance accrue;
  • Soykova-Pachnerova, Brutar, Golova, & Zvolska, 1954. Pas de groupe contrôle; 27 femmes témoins: rapportent un manque de lait; Impact positif (placenta séché congelé)
  • + Rapport sur 210 consommatrices chez lesquelles on anticipait un trouble de la lactation, rapportant des problèmes de lactation, des seins plats, des petites glandes, des multipares avec mauvais allaitement précédent…. (OUI MAIS BIAIS : GESTION DES SEINS, POSITIONNEL, PRISE EN BOUCHE……on n'en parle jamais)

Chez le rat, on a pu faire des études plus facilement, forcément. Et au moins, on exclut les biais subjectifs de l'être humain, et surtout: quelle fréquence des tétées, durée des tétées etc... si la mère a été aidée ou non etc.

  • impact sur la prolactine et sur la progestérone
  • Consommer des produits d’accouchement permettrait d’abaisser + vite encore la progestérone, avec en conséquence, un effet super ++++ sur la PRL qui serait en super super méga quantité; d'où un super démarrage de la lactation avec une super mise en place des sites récepteurs à la prolactine etc.

 

Comment "on" consomme

  • Gélules
  • granules homéopathiques
  • Cuit ou cru à la vapeur
  • déshydraté, moulu et encapsulé dans une gélule
  • teinture
  • morceau cru ou cuit, plongé dans alcool ou eau
  • portions, rations, morceaux, ragoûts, smoothies, plat cuisinés
  • formules médicales chinoises avec éventuellement des herbes....

ATTENTION CEPENDANT!! Le placenta ne se conserve pas n'importe comment!!!

Attention, des précautions

  • Kristal 2012 : tout produit est consommé CRU.
  • Attention, INACTIVATION à température ambiante durant + de 24h,
  • Attention INACTIVATION si chauffé + de 35°C ;
  • Alors les préparations où l'on laisse mijoter quelques jours, ou bien faire procéder à une dessication et conserver tout ça durant X temps..... pourrait ne pas fonctionner. Peut-être se révéler dangereux;
  • Cuisson, en dessous de 35°. Pas trop d'éléments pour ce qui concerne réfrigérateur et congélateur; rappelons que la femelle consomme immédiatement.
  • Kristal 1988 et 1985 évoque la nocivité de consommer trop d'un coup..

Ajoutons que: la législation française veut que: tant que le placenta est dans votre ventre, il VOUS appartient; dès qu'il est expulsé, il ne vous appartient plus; cela devient un produit devant être traité comme un déchet médical. On retrouve cette législation dans certains pays, qui ont fait que les femmes souhaitant pratiquer la placentophagie ont accouché à domicile et se sont arrangées avec la sage-femme.... N'allez cependant pas accoucher toute seule dans votre salle de bain "pour" garder votre placenta!

Conclusions

La placentophagie n'est pas une pratique de l'humaine. Cependant, cet intérêt grandissant méritait bien un article; je souhaite partager avec vous mes connaissances (théoriques et scientifiques), et vous dire que: nous en savons peu pour ce qui concerne la pratique par la femme humaine; est-ce que l'humaine s'y est adonnée? et si oui, est-ce que c'est notre vie en société, qui a fait que "Cro-Mignonne" par exemple ne s'y est plus adonnée ni ses filles???? Et si la mère a certaines pathologies, est-ce sans danger quand même?

Je ne défends absolument ni de pratiquer la placentophagie, ni de ne pas la pratiquer; cet article (presqu'un cours) est purement factuel et informatif; car il faut toujours un cadre par rapport à tout ce qu'on peut trouver sur Internet.