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Le "doit faire ses nuits" ça vient d'où ?

"Tu verras, le plus difficile c'est le premier mois; après ils font leurs nuits";

Qui a dit cela? un collègue de mon père, à mon père justement qui venait d'être papa (de moi); mais pas que... puisqu'on l'entend encore, et qu'on le lit toujours.... mais enfin, qui a dit qu'un nourrisson devait faire ses nuits à un mois? Qui a généré des milliers de parents désabusés, perdus, "honteux" d'être de "mauvais parents" "parce que" leur enfant ne faisait pas ses nuits?

Quand on allaite, c'est fastoche.... "ah bah, c'est que ton lait n'est pas assez nourrissant"; et paf, d'une part on diminue le sentiment de bien-être et surtout le sentiment de capacité, d'estime de soi, de la mère; voire on l'encourage à refiler de la bouillie dès un mois "je l'ai bien fait pour toi" ou à introduire un biberon le soir pour les câler et "ça marche bien"; cela ne résout pas le problème, la mère perd de son estime de soi, de sa confiance en elle-même, elle entraîne une diminution de sa production de lait, elle détourne ses enfants du sein et de son mode de fonctionnement physiologique.....

Quand on n'allaite pas, là c'est déjà moins facile; la mère qui allaite, on l'a vu, on a mis son lait en cause; mais la femme qui donne des biberons de lait artificiel, on ne va surement pas dire que le lait infantile ne nourrit pas.....

(on pourra lire l'article suivant avec intérêt quand même "Les enfants au sein font-ils moins leurs nuits que les enfants nourris au lait artificiel?" (voir) )

 

Cela n'avance que moi mais parfois j'ai l'impression qu'on fait un enfant, mais qu'on ne veut surtout pas trop être emmerdé par les horaires ni par l'enfant; tétées toutes les trois heures ça arrange bien, avaler des granules d'un remède galactogène plutôt qu'ajouter une tétée, ça arrange bien aussi.... donner dès le départ des biberons toutes les trois heures puis toutes les quatre heures et attendre que l'enfant fasse ses nuits à un mois ça arrange bien aussi;

Attention, ne croyez pas que je villipendie, c'est une exagération à effet mini coup de gueule mêlé à de l'humour pour dédramatiser; tout le monde ne fait pas des enfants avec l'espoir que l'enfant ne les "enquiquine" pas de trop..... mais c'est pour faire comprendre mon propos;

De plus j'ai noté que la génération Millénaire est revenue à quelque chose de beaucoup plus physiologique, beaucoup plus à l'écoute de l'enfant, de façon très très répandue dans cette population, alors que les Xgens nous étions moins nombreux.

Quand j'ai les patientes au téléphone, je ne connais pas leur âge; il y a un biais.... mais je continue de ressentir qu'une partie des parents ne sont pas informés de ce qu'est réellement un bébé;

Et en plus, on va les emmquiquiner; les questions que posent les grands-mères, les "autres" c'est quoi? c'est une fille, ou un garçon; (on a aussi: oh des jumeaux, ce sont des vrais)? il/elle pèse combien? il/elle fait ses nuits? voilà quand même comment les autres veulent connaître vos enfants!!!

 

L'enfant in-utero s'est retrouvé durant 9 mois (environ) à être très protégé au fond d'un utérus, à se trouver balancé, bercé, au chaud, à percevoir des gargouillis intestinaux, et des battements cardiaques;

La naissance, même non violente, même non instrumentée, est une sorte de traumatisme: l'enfant se trouve en milieu aérien, il vit la première utilisation de ses poumons comme sûrement douloureuse et bizarre.... il quitte le milieu chaud et humide, pour un milieu froid (relativement) et sec, il ne perçoit plus aucun des bruits auxquel il était accoutumé et qui lui servaient de repères (battements cardiaques, gargouillis).....

Il fait ses premiers "pas" dans le monde extérieur, mais ce que les gens ignorent, c'est qu'il fait son adaptation à la vie extra-utérine, à la vie hors de la protection de l'utérus maternel;

Il est donc normal qu'il réclame l'endroit où il sera le plus en sécurité, l'endroit qui lui rappellera le plus, la protection qui lui était offerte durant sa vie foetale: vos seins, vos bras.

Bref, un enfant, ça pleure et ça pleure souvent; a priori;

parce que l'enfant pleure moins, lorsqu'il est porté (dans les bras ou en écharpe), ce qui est normal puisqu'il sent l'odeur maternelle (il sentira et reconnaîtra aussi l'odeur paternelle); il pleure moins s'il est nourri au sein sans écourter la durée des tétées et sans repousser à plus tard l'heure de la tétée suivante;

Un enfant dont les parents sont vigilants et attentifs, dont les parents apprennent à reconnaître les signaux d'avant-pleurer, cet enfant pleurera moins; c'est normal puisqu'il n'aura pas encore eu à exprimer son besoin par ses pleurs, pour y trouver une réponse; et cela n'en fera pas un bébé dans les jupes de sa môman, ça va lui forger un psychisme et un psycho-affectif et une confiance qui en feront un Indiana Jones plus tard (et quand je dis plus tard, pas à ses 18 ans, mais bien avant.... et vous verrez que ça vous "foutra" les boules).

Un enfant qu'on laisse pleurer par contre, ne pourra pas bâtir sa confiance en lui-même puisqu'il n'aura pas pu bâtir sa confiance en les autres; contrairement aux idées véhiculées, il ne sera pas plus autonome;

L'enfant pleure la nuit

  • parce qu'il a faim, notamment les premiers temps, c'est entendu;
  • parce qu'il a faim de présence, quelque soit le moment, quelque soit l'âge, sachant qu'avec le temps qui passe ses besoins diminueront. Il a besoin de "vérifier que maman est là".
  • parce qu'il a faim de réconfort; un "pet" qui passe mal, une angoisse, un "cauchemar", un surplus de "gestion nocturne de l'activité diurne";
  • Avec ces exemples ci-dessus, vous comprenez combien il est important de répondre aux besoins du nourrisson, y compris la nuit????
  • avant l'âge de 3 mois, il n'y a pas d'organisation circadienne (c'est l'organisation sur 24 heures); mieux les premières semaines, l'enfant est sur une sorte de code sur 25h;
  • parce qu'il naît "prématurément"; non, il n'est pas né avant 37 semaines, je veux dire par là, qu'il naît à neuf mois de gestation, en étant immature, totalement immature, inachevé. Il est inachevé en quasiment tout, puisque son tractus gastro-intestinal sera mature à ses six mois, il marchera à ses douze mois (environ).... d'ailleurs notre lait est adapté à ses besoins: il a besoin d'être porté en quasi-permanence ("normalement") et pour être nourri au sein très fréquemment..... n'en croyez pas que notre lait ne soit pas très riche...... il est adapté à notre petit humain;
  • parce qu'il change très rapidement "état" et de "type" de sommeil, entre calme et agité, entre sommeil léger et sommeil lent, et passage d'un train de sommeil à l'autre.

Et vous comprenez également pourquoi, le réveil nocturne atteint TOUS les nourrissons, y compris ceux nourris au lait infantile; et si on en croit les travaux publiés grâce aux subsides de l'alimentation artificielle, apparemment les nourrissons au sein bénéficieraient de composants les aidant à dormir; (voir Les enfants au sein font-ils moins leurs nuits que les enfants nourris au lait artificiel? (voir) )

Certains nourrissons, trop-pleins de lait infantile difficile à digérer (les temps de demi-vidange sont très lents, avec le lait infantile), peuvent être encouragés à dormir "de digestion lourde"; mais attention à ne pas surcharger le biberon d'un enfant nourri au lait artificiel "pour" qu'il dorme +.

 

Stop aux attentes irréalistes

Un petit d'homme n'est pas fait pour faire ses nuits "tôt"; et il faudrait que cela soit diffusé, car: marre de voir des mères d'enfants de 18 mois, qui n'ont jamais donné le sein, se passer le mot en catimini, avec honte, comme je l'ai entendu parfois devant la porte de l'école: "oh là là je suis crevée, il continue de nous réveiller une à deux fois par nuit" et le petit ange n'avait jamais vu un sein de sa vie.....

Cessons d'être exigeants avec les nourrissons, comme nous refuserions qu'on le soit avec nous;

Bébé a envie de téter, plusieurs fois par jour, parfois toutes les heures et demi, parfois toutes les deux heures et demi; il a faim, soif, besoin de votre présence, de votre réconfort, besoin d'être rassuré, rasséréné en raison d'une douleur, d'une angoisse....

Vous le papa, avez des envies de fumer à plusieurs moments de la journée; la cloppe "café", la cloppe "déjeuner", la cloppe "j'en ai marre"; la cloppe "j'ai mal au crâne".... vous aimez qu'on vous impose des horaires? appréciez-vous la loi qui impose que vous sortiez en bas de votre immeuble de bureau, et surtout appréciez-vous qu'on vous impose des horaires à cloppe et à pas cloppe?

Vous la maman, avez le moral à zéro; des problèmes familiaux graves, vous avez le moral au ras des chaussettes; vous aimeriez un câlin avec votre compagnon, pas des mamours, non, mais son bras autour de vos épaules, qu'il essuie vos larmes et vous réconforte; vous apprécieriez qu'il vous dise: "écoute tu as déjà eu un câlin tout à l'heure, là ça va démerde-toi toute seule".

J'ai encore d'autres exemples en réserve..... -:)

Cessons d'être irréaliste; bis

Si vous connaissiez les chiffres de différentes études sur le réveil nocturne, notamment chez l'enfant de 2-3 ans, quand on sait que peu d'enfants sont allaités au-delà de l'âge de 10 semaines, vous vous rendrez facilement compte que la très vaste majorité de ces consultations concernent des enfants qui auront été nourris exclusivement de lait artificiel (-10 semaines pour certains);

Comprendre le sommeil de l'enfant,

c'est comprendre que son activité de sommeil ce sont plusieurs trains de sommeil, composés de wagons; et que l'enfant change de train de sommeil avec une petite phase de transition d'éveil, très courte, qui est d'ailleurs un excellent moyen de connaître pour ajouter une tétée supplémentaire.... l'enfant a les yeux fermés, mais ses globes oculaires bougent derrière ses paupières, l'enfant fait des mouvements de succion, et semble porter sa main à sa bouche... l'enfant est en train de changer de train de sommeil, c'est une phase d'éveil et le bon moment pour ajouter une tétée de plus si nécessaire......

Comprendre le sommeil de l'enfant, c'est savoir que pendant les deux premiers mois, son train de sommeil dure 50 mn, avec une phase de sommeil agité puis calme; au fil du temps, la durée du train de sommeil s'allongera, notamment avec l'allongement de certains wagons et aussi l'apparition de nouveaux wagons.

Comprendre le sommeil et les besoins du réveil nocturne, c'est mieux accepter le sommeil de son enfant...

Trains de sommeil

Dormir, c'est suivre plusieurs trains de sommeil. Un train de sommeil, c'est:

De la naissance à deux mois      
Endormiss.

Sommeil
agité

Sommeil

léger

 

   
De 6 mois à 2 ans      
Endormiss.

Sommeil

lent
léger

Sommeil
lent
profond
Sommeil
paradoxal
   
Entre 3 et 10 ans      
Endormiss. Sommeil
lent
léger
Sommeil lent
profond
Sommeil lent
très profond
Sommeil paradoxal
à partir du 2e cycle
       
Endormiss. Sommeil
lent
très
léger
Sommeil
lent
léger
Sommeil
lent
profond
Sommeil
lent
profond
Sommeil
paradoxal

Issu de "Le Sommeil du nourrisson ou comment dormir comme un bébé" Adessi-Prosom, 1996

Se rapprocher de l'enfant

Je ne vais pas ici, faire l'apologie du co-dodo ou du co-sleeping ou encore: sommeil partagé; mais simplement faire dormir l'enfant dans son berceau à lui, et installer le berceau dans la chambre parentale; même le petit biberonneur sera ainsi sous les yeux parentaux, qui même endormis, seront sensibilisés à ses besoins..... et moins crevés car ils n'auront plus 15 allers-retours à faire de leur chambre à la chambre du bébé:-)

 

immaturité fonctionnelle, psychique, besoins émotionnels intenses, besoins d'être rassuré, rasséréné, voire d'être nourri de lait, voilà la plus large partie des besoins liés aux réveils nocturnes de vos enfants...

Les réveils nocturnes atteignent TOUS LES NOURRISSONS y compris ceux au lait infantile; répondre à leurs besoins, leur permet de bâtir leur confiance en eux, parce qu'ils reçoivent une réponse à leurs besoins; cela leur forge leur avenir, leur psychisme de demain et après-demain;

Il est important de comprendre qu'un nourrisson réveille "rarement" ses parents juste histoire de les emm.. quiquiner; comprendre que parfois les parents se comportent avec leurs nourrissons, comme ils ne supporteraient pas qu'on se comporte avec eux; qu'avoir un bébé est une grosse responsabilité;

Comprendre aussi que parfois, c'est difficile; très difficile; que discuter avec quelqu'un de compréhensif, qui n'aura pas que le biberon de lait infantile à proposer peut aider la maman qui n'en peut plus..... que être franc, socialement, les uns les autres, à avouer que votre enfant ne fait pas ses nuits, vous aiderait à mieux passer ce cap, et que si tout le monde était franc..... et bien les attentes des parents en France seraient moins déçues....

Parce qu'en fait, si on regarde dans les autres pays, les parents sont moins "rudes" quand même que nous..... on a parfois l'impression qu'il n'y a qu'en France, que les enfants fassent autant suer à ne pas faire leurs nuits..... c'est donc tout le regard de toute une société qu'il faut revoir....

Redresser la barre?

Si "dresser" son enfant à dormir, ou bien à se rendormir tout seul, peut avoir des impacts sur sa psychologie et son émotionnel futurs, et si répondre aux moindres des besoins de votre enfant va totalement de soi, il peut également convenir aussi de faire évaluer son enfant: subit-il un véritable trouble, avec une explication psychologique ou médicale? ce sont des cas qui seraient finalement extrêmement rares, mais .....

 

Quelques références d'études et référence d'un petit bouquin très bien fait qui se lit très bien et ne coûte pas très cher

"et il est de fait qu'ils se réveillent! Les études sur le sujet font état de réveils nocturnes nombreux et durables. Citons par exemple une étude finlandaise faite en 1990 sur 270 bébés âgés de 0 à 12 mois: jusqu'à 12 mois, 90% se réveillaient une à deux fois par nuit; entre 3 et 5 mois, près des trois quarts se réveillaient une à deux fois; les deux tiers entre 6 et 8 mois; et encore 47% entre 9 et 12 mois". (p. 18)

"Et il n'est pas rare q'un bébé qui faisait ses nuits à 3 mois recommence à se réveiller à 6 ou 9 mois. De fait, la proportion d'enfants qui recommencent à se réveiller la nuit augmente après 9 mois pour être à son maximum dans la deuxième année. D'après le docteur Nédelcoux (Service d'explorations fonctionnelles du système nerveux au CHU de Bicêtre en 1995), à 3 ans, 20 à 35% des enfants se réveillent encore la nuit et cela va en diminuant jusqu'à 5 ans." (p. 18)

"D'après le Dr Jalin (consultation des troubles du sommeil à l'hôpital Saint-Vincent-De-Paul en 1991), les chiffres seraient même plus élevés: entre 2 et 3 ans, 60% des enfants se réveilleraient au moins une fois par nuit, mais seuls 5% auraient un vrai trouble du sommeil. Dans une étude menée en Isère en 2000 sur 503 enfants âgés de 2 à 3 ans, 49% d'entre eux connaissaient des réveils nocturnes. Dans une étude québécoise publiée en 2002, 27% des enfants de 17 mois se réveillaient une ou deux fois par nuit, et 15.5% trois fois ou plus". (p.18)

"Dans une étude publiée en 2000 qui avait comparé le sommeil d'enfants âgés de 16 à 24 mois dans trois opays différents (Taiwan, France et Japon), 47% des parents français se plaignaient du sommeil de leur enfant, contre 18% des Taïwanais et 11% des Japonais" (p. 16)

Ces extraits proviennent du livre: Partager le sommeil de son enfant, de Claude-Suzanne Didierjean-Jouveau, aux éditions Jouvence. Il est particulièrement consacré au co-dodo ou co-sleeping ou sommeil partagé; je vous le conseille, pas forcément dans le but de faire du co-dodo, mais ce livre donne des raisons de réveils nocturnes, et liste une véritable bibliographie; les personnes intéressées et les jusqu'auboutistes pourront retrouver sûrement les études via internet ou en contactant les auteurs de ces travaux. Ce livre sera prochainement présenté dans notre bibliothèque.