Les galactogènes médicamenteux ou médicaux

médicaments, pratiques médicales (paramédicales), qu'est-ce qui fait "monter" le lait

Noubliez pas que les mères lisent des choses sur Internet, elles tombent sur des noms de substances; au-delà de vous les demander (et peut-être s'envoyer paître), elles peuvent aussi d'elles-mêmes prendre "n'importe quoi n'importe comment"; et mettre leur santé en premier plan, en danger; vous, soignants, devez connaître les substances actives potentielles, avec leurs effets, leurs risques, puis prendre vos décisions de façon informée.

Commençons par les galactogènes médicamenteux

choix volontaire

domperidone ; métoclopramide ; sulpiride ; autres (trh, ocytocine metformine etc) ; homéopathie ; placentophagie ; chiropraxie ; acupuncture

A part le "galactogyl" qui se vend en pharmacie et qui n'a RIEN de médicamenteux, le principe du galactogène médicamenteux est d'utiliser la substance pour ses effets secondaires;

Domperidone

Historique:

Chaque médecin français se rappelle le double courrier de Jansen Cilag et de l'AFFSA (enfin, ex-AFFSA) disant qu'il était hors de question de prescrire de la dompéridone aux femmes allaitantes dans le but d'augmenter leur production de lait. Si le sujet vous intéresse: stop au motilium - 1 ; stop au motilium - 2

Vous y lirez des choses intéressantes; d'une part on pourrait s'en passer dans de nombreux cas; et c'est parce qu'il a été soudainement prescrit à tire-larigot (en France, en tout cas) alors qu'une tétée supplémentaire aurait suffit dans la majorité des cas.... qu'on s'est retrouvé avec cette "interdiction" de prescription;

  • d'une part, oui, vous prescririez une substance pour ses effets secondaires, ce qui n'entre pas dans le cadre de votre pratique;
  • d'autre part, vous pourriez mettre en balance les bénéfices et les risques; l'enfant a le droit de recevoir du lait maternel, bien qu'il n'ait pas la parole, c'est son droit; c'est aussi son avantage d'être protégé par un maximum de lait maternel, le plus longtemps; au-delà des recommandations de l'OMS, il est évident, au niveau biostat, que les enfants sont protégés contre de très nombreuses maladies, d'autant qu'ils ont été allaités de lait maternel le plus exclusivement et le plus longtemps possible;
  • l'image de la mère, qui n'arrive pas à nourrir suffisamment son enfant, outre la frustration, on va atteindre à son estime d'elle-même, à sa confiance en elle-même, et cela peut tourner vers la dépression. Alors que la soutenir moralement, et peut-être médicalement, lui permettrait d'avancer, de retrouver confiance en elle-même, et donc écarterait les risques de dépression et ce qui va avec.
  • tierce part, cette substance pourrait être utile dans certains cas particuliers. C'est ce que je souhaite partager.

Un petit historique? j'ai commencé à former des professionnels de santé en 2000; et j'ai démarré mon activité auprès des mères en 1998. A l'époque, circulait déjà un protocole d'INDUCTION de la lactation, c'est-à-dire des femmes qui n'ont pas accouché, et qui INDUISENT une lactation (mères adoptives); à l'époque, les médecins ignoraient ce protocole, les mères ignoraient ce protocole; nous partagions ces protocoles avec les mères adoptantes, et les médecins, aux médecins de prendre leur décision. Puis la prescription a été ouverte pour les mères de prématurés. Certaines mères qui accouchent si prématurément, ont manqué d'une partie du développement de leur glande mammaire; et c'est naturellement que le protocole "dompéridone" a été étendu aux mères de prématurés; Et c'est des années plus tard que l'usage a été répandu, alors que très souvent, il aurait suffit: de vérifier le transfert de lait, la succion de l'enfant par exemple, ajouter une tétée, changer de tire-lait ou de taille téterelle...

A lire aussi : l'ABM Academy of Breastfeeding Medicine, tenue par des médecins spécialistes de la lactation ET médecins, peut se révéler intéressante à consulter. ABM galactogogues

La dompéridone fait quoi?

Elle abaisse la dopamine, et en relation antagoniste, elle augmente la prolactine; certes, quand on est en lactation avancée, ce n'est pas le taux de prolactine qui a besoin d'être élevé, c'est l'aspect autocrine qui régit la production de lait: X ml de prélevés entraînent X ml de lait synthétisés pour la prochaine tétée; en lactation avancée, la prolactine est permissive, elle n'a plus besoin d'être à une ligne de base super-élevée. Mais pour des démarrages, voire certains redémarrages, alors augmenter la prolactine peut être intéressant....

Il n'empêche qu'on pourrait envisager de se poser la question : et si on en revenait aux cas autrefois éligibles? la maman qui allaite son enfant adoptif, et la mère de grands ou très grands prématurés? voire de grosses relactations?

Réponse : non

effectivement, j'ai des patientes adoptantes qui n'ont pas eu besoin du protocole pilule contraceptive+dompéridone pour avoir assez de lait; mais ce n'est pas valable pour toutes les patientes; quand on adopte, on peut imaginer un geste de générosité de femme, et aussi un problème d'infertilité; et ce problème d'infertilité peut se révéler au niveau production de lait; (il y a un lien, c'est prouvé par la science, qui dit problème d'infertilité peut signifier un problème de production de lait);

Oui la dompéridone peut aider; à condition d'avoir pisté des causes primaires et secondaires de problème de production de lait - et le travail en réseau avec un professionnel de la lactation se révèle précieux.... car c'est l'examen soigneux des seins, de la bouche de l'enfant, d'une tétée et donc l'observation et l'évaluation d'un transfert de lait + un historique qui vont aider à pister les causes primaires et/ou secondaires; de là on peut agir de façon efficace; et c'est en réseau que ça se fait le mieux; la mutualisation des compétences!!

Les dosages

  • Voici le dosage du protocole Goldfarb Newman: pilule contraceptive (pas n'importe laquelle) + 10 mg 4 fois par jour pendant une semaine; puis pilule contraceptive + 4 x 20 mg; quand l'enfant naît on continue la dompéridone; quand la lactation est bien établie, on voit à supprimer un comprimé, on observe pendant la semaine si la production baisse (ça se pourrait), avant de supprimer un comprimé supplémentaire etc...
  • A un moment, on a parlé de 30 mg par jour; c'était au moment où la dompéridone était prescrite pour "un peu pour n'importe quoi" et que le dosage de 4*20 (destiné aux mères adoptantes) était connu; il avait été noté que 30 mg suffisaient dans beaucoup de cas; mais nous étions alors sortis des cadres "induction-très grands prémas";

Le bébé n'est pas récipiendaire direct; le Dr jack Newman soutient que la santé des bébés allaités dont la mère prendrait de la dompéridone ne seront pas affectés; allez lire les études réalisées sur les enfants directement récipiendaires, où des effets indésirables ont été notés (pb intervalle QT par exemple); posez-vous maintenant la question: quelles étaient les quantités reçues par les enfants dans ces études?

Comme avait remarqué une amie pédiatre, c'est plutôt à la mère qu'il faudrait faire passer un électrocardiogramme avant de lui prescrire...

Par contre, attention, une de mes patientes qui s'était prescrite (elle était médecin) de la dompéridone à forte dose a dû trouver une dose intermédiaire car sinon elle souffrait de douleurs "abdominables". (grands prématurés).

Si vous étiez intéressé par le protocole Goldfarb Newman pour l'induction de la lactation chez des mères adoptantes (donc ne bénéficiant pas des effets interactifs hormonaux de la grossesse), allez sur le site asklenore (en anglais).

Nous avons sur notre site Internet, des pages dédiées pour les mères qui adoptent et souhaitent induire une lactation.
Vous trouverez des infos également dompéridone et mères de prémas https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC80627/.
Et bien sûr les feuillets de Jack Newman feuillet parents ; fda ; health canada

Quelques études encore à lire:

(Brown, 1978; Hale, 2010; Hofmeyr et al., 1983; Hofmeyr et al., 1985);

Le protocole de l'ABM galactogogues

L'effet de la dompéridone sur la lactation relève d'un niveau de preuve I (Comité des Protocoles de l'Academy of Breastfeeding Medicine, 2011). Level of Evidence: I (ABM Protocol Committee, 2011)

Métoclopramide

Aurait moins d'effets secondaires que la dompéridone, mais il en a un énorme: attention aux antécédents de dépression chez la personne qui prend cette substance; elle est à risque +++ et l'on sait qu'une mère qui vient d'accoucher est fragile; et quand on manque de lait, qu'on se retrouve seule, manquant de soutien techniquen et de soutien moral, il n'en faut pas beaucoup pour ne pas être bien dans sa peau.

Dosage

10 mg 3-4 fois par jour; on dit : "pas plus de 3 semaines"

Là encore, la dose reçue par le nourrisson indirectement récipiendaire est faible, entre 1 et 5% de la dose qu'il recevrait directement s'il était traité, lui, pour des problèmes de motilité.

La dose efficace est dose-relative; certaines mères pourraient n'avoir besoin que de faibles doses; certaines auraient besoin de doses plus élevés; MAIS LE PROBLEME c'est que ça passe la barrière hématocérébrale, et il y a des effets secondaires au niveau du SNC, genre dépression à tout le moins chez celles qui auraient des antécédents de dépression.....

Je ne suis pas sûre qu'un médecin aimerait prendre ce risque et cela ne fait pas partie des options que je présente aux médecins de mes patientes. N'oublions pas qu'une inflammation génère une réaction de dépression. Et toute femme qui termine une grossesse et/ou qui démarre un allaitement est justement à risque.

L’inflammation est l’un des facteurs impliqués dans la pathogenèse de la dépression. Or, le niveau d’inflammation est significativement plus élevé pendant le dernier trimestre de la grossesse, ce qui va tendre à rendre la femme particulièrement vulnérable; rajoutons le stress de l'arrivée de bébé.... les "nuits"....

Peut s'y rajouter un état dépressif TEMPORAIRE lié à une inflammation: mamelon sein: il "suffit" d'être en plein engorgement, ou de souffrir de mamelon douloureux ou d'être en phase de mastite, pour générer chez la mère un état dépressif temporaire qui disparaîtra dès le moment où la douleur et/ou inflammation au mamelon, au sein aura disparu;
je vous suggère de lire et partager les travaux de Kendal-Tackett notamment A new paradigm for depression in new mothers: the central role of inflammation and how breastfeeding and antiinflammatory treatments protect maternal mental health Kathleen KendallTackett - International Breastfeeding Journal20072:6 DOI: 10.1186/1746435826

 

Voici néanmoins de la recherche:

ABM Protocol Committee, 2011; Auerbach et al., 1980; Banapurmath et al., 1993a; Bose et al., 1981; Brown, 1973; Budd et al., 1993; Hale, 2010; Kauppila et al., 1983.
Level of Evidence: III (ABM Protocol Committee, 2011).

Hale nous dit (2010) que ses effets rendent le métoclopramide moins désirable que la dompéridone.

Sulpiride

Antidépressif et antipsychotique; Utilisée dans certains pays.

Faibles doses car pas d'effet dose-dépendant.

N'est pas recommandé à causes de ses effets + gain de poids maternel (ABM Protocol Committee, 2011; Gabay, 2002).

 

Autres substances médicamenteuses, moins utilisées, mais qui pourraient se révéler intéressantes:

TRH

(Emery, 1996; Hill et al., 1999; Peters et al., 1991)

Pas recommandé en usage généralisé (ABM Protocol Committee, 2011; Hormann et al., 1998)

Chlorpromazine

tranquillisant

des effets secondaires notamment la sédation n'en fait pas une bonne substance et devrait être évitée.

Hormone humaine de croissance

manque d'expérience clinique mais pourrait être intéressante.

(Hale, 2010; Hofmeyr et al., 1985; Milsom et al., 1992)

Ocytocine de synthèse en spray

Destinée à améliorer le réflexe d'éjection, donc devrait entrainer un meilleur transfert de lait, et donc, avec un sein mieux vidé, une meilleure production; les dernières études ont montré des effets discordants (après des "oui ça aide bien", d'autres études ont démontré que les effets étaient limités). En tout cas, l'ocytocine ne fait pas "monter" la production; l'ocytocine est destinée à EJECTER. Certes, si on éjecte mieux, on vidangera mieux, et donc on produira mieux (pour la prochaine tétée);

Question: c'est quoi le problème? pourquoi cette mère éjecte-t-elle mal?

  • Est-ce un problème "physique" par exemple une chirurgie mammaire, une branche d'un des nerfs intercostaux (lequel, juste pour savoir si vous êtes bon en anatomie) qui fait que ce nerf sectionné empêche de ressentir physiquement la stimulation du bébé, et donc il empêche une bonne éjection; l'ocytocine pourrait donner un coup de main!!
  • est-ce un problème psychologique? remontons dans l'historique, comment s'est passé le travail???? la naissance???? la première tétée???? la relation avec sa propre mère? le manque de soutien? les vacheries qu'on lui a sorties? l'estime d'elle-même? etc.

Voyons à reconditionner le réflexe d'éjection; car on peut le travailler.

Prolactine humaine recombinée

beaucoup d'espoirs, encore nécessaire de faire de la recherche;

Metformine

On en parle peu ; c'est un glucophage que tous les patientes (ou presque) diabétiques connaissent; a priori, pour les mères allaitantes souffrant d'un SOPK, syndrome des ovaires polykystiques, à condition qu'il n'y ait pas franche hypoplasie.

Dosage : 500 à 2 500 milligrammes par jour; on a rapporté de façon informelle des réussites avec une zone de dosage entre 1 500 to 2 500 milligrammes. (Source Making More Milk)

Homéopathie

Est basée de façon individuelle; je "sais" qu'un médecin IBCLC nous avait dit "ricinus communis 3 DH pas en dessous" et on voit beaucoup de mamans avec du 5ch; de fait, ça me gêne intérieurement; mais de toutes façons, je laisse la prescription aux homéopathes; rappelons-nous une chose: on peut avaler autant de granules qu'on veut, si on ne piste pas la cause primaire, et qu'on ne l'élimine pas, ça ne marchera pas!!

Placentophagie

Je la mets au "rayon" médical; parce que c'est tiré d'un produit de naissance; je vous encourage à lire mon article sur la placentophagie; j'avais rédigé cet article dans l'optique de créer une rubrique "culturelle". Il y a eu beaucoup de recherches sur les mammifères NON humains, et des choses très intéressantes ont été découvertes sur des composants des produits de naissance, liquide amniotique, poche, placenta.... on y trouve des composants jouant sur la douleur (la réduisant), et sur l'attachement (l'augmentant), et sur les hormones en lien avec la lactation (l'augmentant); deux-trois choses cependant:

  • a priori, l'humain du moins dernière "génération" n'a "jamais" eu recours à la placentophagie ; nous ne savons pas si "Lucy" par exemple s'y adonnait ; nous ignorons tout des générations précédentes et suivantes jusqu'à homo sapiens sapiens; et nous ne savons pas pourquoi nous ne "pratiquons" usuellement pas la placentophagie (du moins ces 2 derniers millénaires), ni ce que ça apportera si nous nous y adonnons désormais.
  • autre chose importante: la chaleur et le temps dégradent les produits de naissance, penser durée de consommation..... donc il ne faudrait pas préparer n'importe quoi n'importe comment. Les mammifères s'y adonnent (sauf humains et quelques autres mammifères); regardez dans quel contexte ils l'utilisent: dans les secondes, minutes, heures.... et pas de cuisson.
  • études: faibles niveaux ; résultats mitigés; Cole M, Placenta medicine as galactogogue: tradition or trend? Clin Lactation 2014 5(4) 116-122

lecture de mon article sur la placentophagie

Je sais que je peux avoir choqué; maintenant, le Core curriculum for Interdisciplinary Lactation Care la mentionne comme thérapie additionnelle.

Chiropraxie

J'ai remarqué des douleurs qui pouvaient se produire, et qui étaient prises à tort pour des candidoses...... il y a aussi un autre phénomène: des subluxations, ou des "machins de travers" qui vont générer un blocage, notamment les voies de passage nerveuses liées à la lactation; si on touche négativement au système nerveux notamment des seins, comment voulez-vous que les aréoles reçoivent l'information que bébé est en train de téter, par exemple? (parce que si le système ne perçoit pas bébé en train de téter, l'hypothalamus ne reçoit aucune information comme quoi il faut éjecter le contenu des seins..... rien ne "lance" le relâchement d'ocytocine, et bébé pleure et va perdre du poids - encore )

Vallone S The role of subluxation and chiropractic care in hypolactation J Clin Chiroprac Pediatr 2007 8 (1-2) 518-524

Acupuncture

A défaut d'avoir de vrais points pour augmenter la production de lait, l'acupuncture peut: déstresser la mère (or le stress inhibe l'éjection de lait), soulager sa douleur (or la douleur inhibe l'éjection de lait).

L'acupuncture est utilisée en Chine depuis très longtemps, et à cet effet pour ce qui nous concerne;

Idéalement:

se fait dans les 20 premiers jours

effet: dans les 2-4h post séance; peut nécessiter jusqu'à 72 heures pour agir.

plus l'effet est précoce, plus cela signfiie que ça "fonctionne".

Clavey S the use of acupuncture for the treatment of insufficient lactation (Que Ru) Am J Acupunct 1996 24(1) 35-46

Prêts pour les galactogènes tirées des plantes?? lire